Un loisir comme un autre !

La Soupe au Potiron


 

Ingrédients pour six compagnons :

· Grilles d’abord dix beaux croûtons.

· Un petit potiron de deux kilos environ.

· Deux cents grammes de crème épaisse prise au cruchon.

· Cinquante centilitres de volaille en bouillon.

· Sel, poivre, noix de muscade de haute saison.

· Quelques beaux brins de cerfeuil pour la décoration.

· Une dose d’huile pour tes articulations.


Pour s’attaquer à la soupe au potiron,
Sache qu’il te faudra peiner comme un tâcheron.
C’est en forgeant que l’on devient forgeron,
Comme il est dit, tout là-haut, sur Pluton et Charon
Et en charronnant que l’on devient charron.

Ce plat se déguste aussi bien en Aveyron,
Que dans les beaux quartiers et les tristes corons.

Sa préparation est délicate. Inutile de jouer les fanfarons.
Si tu la réussies, tu pourras parader sur ton perron,
Tu pourras parader, fier comme un Huron.

Ne donne tout de même pas trop de coups de clairon.
Inutile d’ameuter, d’exciter les environs !

D’abord et avant tout, il faut trouver le susdit potiron.
Pour le cueillir, nul besoin d’un bûcheron.
Découpes-y un chapeau tout beau, tout rond
Et donne les feuilles en dégustation à l’aliboron.

Décolle les pépins et la partie filandreuse de la chair du potiron
Et creuse-le délicatement sans précipitation.
Découpe la pulpe en morceaux bien plus petits qu’un poivron
Et fais-les cuire vingt minutes à la vapeur d’un chaudron.

Mitonne-les avec amour comme un doux petit mitron,
Plutôt que de bourinner comme un vulgaire percheron.

Prépare ensuite une cocotte, un fait-tout ou poêlon,
Puis fais-y chauffer à gros bouillons, le bouillon
Et passe ensuite au mixer, la pulpe du citrouillon,
En ajoutant lentement le fumeux bouillon.
Verse le tout dans une casserole et dans un tourbillon,
Ajoute crème, poivre, sel et muscade jusqu’à raison.

Porte à feu moyen, mais surtout pas fort, jusqu'à l'ébullition.
Prends bien garde à la cuisson, que ça ne vire pas au marron !
Et si tu l’oublies, tu n’auras plus qu’un laid goudron.
Pendant les bouillons, coupe en cubes quelques croûtons.

Verse la soupe dans l’évidé potiron
Et parsème-la, tel petit Poucet, avec les croûtons.
Non, non, il ne faut surtout point ajouter de liseron !
Quelques feuilles hachées de cerfeuil suffiront.

Pour contenir cette soupe, une assiette suffit, ne joue pas les hérons !
Eloigne de ce nectar, jaloux, pucerons et moucherons.
En la mangeant goulûment ne taches pas le napperon,
Ne bave pas salement en un macaron sur ton plastron.

L’onctuosité de ta mixture provoquera de doux ronrons.
Elle sera si bonne que tu passeras au fenestron.
Il n’y aura plus de reste pour en abreuver tes philodendrons.
Tu en rempliras de pleines charrettes de biberons
Et elle sera engloutie par des escadrons de larrons.

Elle deviendra pour nous tous, un de tes plus beaux fleurons.
Tu seras aussi renommé qu’un digne vigneron.
Tu en remercieras dévotement ton Saint Patron,
En évitant blasphèmes, insultes et jurons
D’avoir placé ce mets délicat, en ton giron.